prude

prude [ pryd ] adj. et n.
• 1640; prode femme XIIe, fém. de prodom prud'homme; de preux
1Vieilli Vertueux et austère; qui déteste, réprouve le relâchement des mœurs. pudibond, puritain (cf. Collet monté). N. Un prude (vx), une prude. « N'en espérez aucun plaisir. En est-il avec les prudes ? j'entends celles de bonne foi » (Laclos).
2(1656) Littér. Qui fait profession de vertu, de pudeur affectée et outrée. bégueule; pruderie. « je ne suis pas sottement prude, je puis tout écouter » (Balzac).
N. f. Faire la prude, jouer les prudes. sainte nitouche.
⊗ CONTR. Dévergondé, léger. Grivois, obscène.

prude adjectif et nom (ancien français preudefemme, féminin de preudome, homme de valeur, avec l'influence de prudent) Qui affecte une vertu austère, une pudeur excessive. ● prude (citations) adjectif et nom (ancien français preudefemme, féminin de preudome, homme de valeur, avec l'influence de prudent) Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps, Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans. Le Misanthrope, III, 4, Célimène prude (synonymes) adjectif et nom (ancien français preudefemme, féminin de preudome, homme de valeur, avec l'influence de prudent) Qui affecte une vertu austère, une pudeur excessive.
Synonymes :
- bégueule (familier)
Contraires :
- égrillard
- léger
- obscène
prude adjectif Qui manifeste une pudeur excessive : Des manières prudes.prude (synonymes) adjectif Qui manifeste une pudeur excessive
Synonymes :
Contraires :
- dessalé
- égrillard
- indécent
- osé

prude
adj. et n. f. Qui affecte ou pratique une vertu, une pudeur extrême, en matière de moeurs.
|| n. f. Une prude faussement effarouchée.

⇒PRUDE, adj. et subst.
I.— Adj. et subst.
A.— Laudatif
1. Vieilli. D'une grande vertu, honnête, sage. La marraine de Jeanne (...) avait vu de ses yeux ces dames mystérieuses et elle le confessait à tout venant. Pourtant elle était bonne et prude femme (A. FRANCE, Vie littér., 1891, p. 247). Pour beaucoup de prudes et sages hommes bourguignons, un prince perdait l'honneur à se mettre en pareille compagnie (A. FRANCE, J. d'Arc, t. 2, 1908, p. 21).
2. Qui manifeste beaucoup de pudeur, notamment dans le domaine des sentiments, de l'amour, de la sexualité. Synon. pudique, réservé. [Il] était venu déguisé en maître d'hôtel extra et, tout en passant les plats, avait dit des gaillardises à l'oreille de la très prude baronne Puthus, rouge d'effroi et de colère (PROUST, Prisonn., 1922, p. 202). Elle si prude, si réservée, si comme il faut, pouvait-elle se laisser séduire par un inconnu? (N. AVRIL, La Première alliance, 1986, p. 86) :
1. L'autre se confessait uniquement pour se soulager, et aussi pour expérimenter sur son ami, qu'il savait délicat et prude, la façon dont il devrait s'excuser, auprès du monde, de sa liaison ridicule avec Mme de Rieu.
ZOLA, M. Férat, 1868, p. 262.
P. métaph. Sur l'aube nue et blanche, entr'ouvrant sa fenêtre, Faut-il plisser la brume honnête et prude, et mettre, Une feuille de vigne à l'astre dans l'azur? (HUGO, Contempl., t. 1, 1856, p. 154).
B.— Péj., vieilli (le plus souvent au fém.) Qui, dans son comportement, dans ses paroles, fait preuve d'une vertu sévère, excessive, souvent affectée; qui est offensé par le moindre manquement aux convenances. Synon. pudibond, bégueule, puritain. Ces femmes devenues vieilles, laides, prudes et dévotes (SOULIÉ, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 190). Des femmes (...) qui savent le monde, qui ont voyagé, qui ne sont point prudes, et qui toute la vie se sont épanouies parmi des empressements, des attentions, au sein du bien-être assuré et délicat (TAINE, Notes Paris, 1867, p. 27) :
2. Moi qui ne suis pas prude, et qui n'ai pas de gaze ni de feuille de vigne à coller à ma phrase, je ne passerai rien. — Les dames qui liront cette histoire morale auront de l'indulgence pour quelques chauds détails.
GAUTIER, Albertus, 1833, p. 172.
[P. méton. du déterminé] À Clamecy, petite ville prude, on fait pipi à un angle de l'hôtel de ville. Pas une plaque de tôle derrière soi, et tous les bourgeois dont la fenêtre donne sur la place peuvent, un coin de rideau soulevé, reconnaître à son dos le monsieur qui pisse (RENARD, Journal, 1905, p. 980).
Empl. subst., au fém. Ce jeune homme maigre, au teint bilieux, (...) outrait le puritanisme des gens de l'extrême gauche, déjà tous si affectés à la manière des prudes qui ont des intrigues à cacher (BALZAC, Député d'Arcis, 1847, p. 292). C'était une vieille vertu, une prude incombustible, un des nez les plus pointus et un des esprits les plus obtus qu'on pût voir (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 723).
Loc. Faire la prude. Affecter la vertu, l'innocence. Synon. faire la sainte-nitouche. — Elle est au-dessous des prostituées, dit le baron. Josépha, Jenny Cadine, étaient dans leur droit en nous trompant, elles font métier de leurs charmes, elles! — Mais elle, qui fait la sainte, la prude! dit Crevel (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 189). Quand on était sage [au siècle dernier], c'était par goût, et sans faire le pédant ou la prude (SAND, Hist. vie, t. 1, 1855, p. 44).
II.— Adjectif
A.— P. méton. [En parlant des traits d'une pers., de son expression, de ses actes ou de son univers fam.]
1. [Corresp. à supra I A 2] Qui manifeste la pudeur, la réserve de quelqu'un. Un fait digne de remarque est l'éloignement que manifestent pour ces sortes de conversations [les aventures connues, les adultères] les femmes qui jouissent d'un bonheur illégal, elles gardent dans le monde une contenance prude, réservée et presque timide; elles ont l'air de demander (...) pardon de leur plaisir à tout le monde (BALZAC, Fille Ève, 1839, p. 97). Les élèves de l'école supérieure de Villeneuve affectent (...) encore des airs prudes et dégoûtés en passant près de nous (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 228) :
3. On songeait (...) à une chambre de jeune fille, malgré la table d'acajou chargée de gros livres, de papiers et de petits carnets en moleskine noire, et dans un coin, le lit étroit avait quelque chose de prude avec son drap soigneusement rabattu en équerre et les deux oreillers posés bien à plat, l'un sur l'autre.
GREEN, Moïra, 1950, p. 58.
2. [Corresp. à supra I B] Péj., vieilli. Qui manifeste ou qui marque une vertu très sévère, un respect excessif des convenances. Sa précoce impuissance s'augmentait encore devant les glaciales tendresses, devant les prudes laisser-aller de cette femme (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 140). Une bouche prude de dévote qu'on violente (ZOLA, L'Œuvre, 1886, p. 361). Hélène n'a pas l'oreille prude, il s'en faut (COLETTE, Naiss. jour, 1928, p. 27).
B.— P. anal. ou au fig., dans le domaine de l'expr. artist., littér., poét. Qui est retenu par une pudeur excessive. La poésie n'a en France qu'une langue imparfaite, circonscrite et prude. La lyre française n'a que la corde de l'élégie (VIGNY, Journal poète, 1828, p. 887). Là où il fallait être franc, il [l'auteur] a cru devoir l'être, à ses risques et périls, mais toujours avec gravité et mesure. Il veut l'art chaste, et non l'art prude (HUGO, Roi s'amuse, 1832, préf., p. 344) :
4. ... les spectateurs modernes, comme ceux du XVIIe siècle, auraient du mal à prendre au sérieux, voire au tragique, cette aventure [celle d'une jeune fille devant choisir entre l'adjuration et le mauvais lieu], tant elle est contée en style noble, prude et réticent. Il n'y a pas beaucoup de maisons closes dans notre théâtre, et celles que nous connaissons sont en général de peu de distinction.
BRASILLACH, Corneille, 1938, p. 250.
Prononc. et Orth. :[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Pris en bonne part a) 1640 subst. « femme sage, sérieuse » (ROTROU, Les Captifs, II, 3 ds Œuvres, éd. Viollet-le-Duc, t. 4, p. 115); b) 1651 adj. « sage, sérieux » (LORET, Muze histor. ds LIVET Molière); 2. 1651 fausse prude (SCARRON, Virgile travesti, éd. 1786, livre VI, t. 4, p. 380); 3. péj. a) 1656 « personne qui fait la modeste » (Abbé DE PURE, La Prétieuse, 163 ds BRUNOT t. 3, p. 153); b) 1656 « femme d'une réserve excessive ou affectée quant aux mœurs ou à la bienséance » (SCUDÉRY, Clélie, 2e part., livre 1, p. 235). Issu, avec altér. prob. sous l'infl. de prudent, de l'a. fr. preudhomme (v. prudhomme) et prodefemme « femme sérieuse, de mérite » (fin XIIe s., Vie d'Edouard le confesseur, 6166 ds T.-L.) d'où l'accept. laud. du mot, à l'orig., v. aussi preux; sur l'évol. sém. de prude au XVIIe s., v. R. JASINSKI, Molière et le « Misanthrope », pp. 94-96. Fréq. abs. littér. :126. Bbg. BOYSEN (A.L.). Über den Begriff preu im Frz. Münster, 1941, pp. 75-81.

prude [pʀyd] adj. et n.
ÉTYM. 1648; prode femme, v. 1175, altér. de preude sous l'infl. de prudent, du fém. de prodom, preudom.Prud'homme; de preux.
1 Vx (plus souvent au fém.). Qui est vertueux jusqu'à l'austérité (le plus souvent avec excès ou ostentation). Modeste (→ Austère, cit. 3). || Elle est prude et dévote (→ Inanimé, cit. 4). || « Ce jeune garçon est extrêmement prude pour son âge » (Académie, 1694).N. || Un prude (vx), une prude (→ Dévisager, cit. 1; fossé, cit. 6). || « Un ambigu (cit. 7) nouveau de prude et de coquette » (Regnard). || « C'est un prude, qui n'aime point les plaisirs, la débauche » (Furetière).
1 — Pour prude consommée en tous lieux elle passe,
Et l'ardeur de son zèle (…) — Oui, oui, franche grimace (…)
(…)Elle tâche à couvrir d'un faux voile de prude
Ce que chez elle on voit d'affreuse solitude;
Et pour sauver l'honneur de ses faibles appas,
Elle attache du crime au pouvoir qu'ils n'ont pas.
Molière, le Misanthrope, III, 3.
2 (…) n'en espérez aucun plaisir. En est-il avec les prudes ? j'entends celles de bonne foi : réservées au sein même du plaisir, elles ne vous offrent que des demi-jouissances.
Laclos, les Liaisons dangereuses, V.
2 Adj. et n. f. (1658). Littér. ou style soutenu. Qui manifeste une pudeur affectée, excessive; affecte une vertu extrême (sur le plan sexuel). Bégueule, pudibond, puritain; collet (monté). || Les femmes prudes et leurs airs de sainte nitouche (cit. 1). || Les précieuses (cit. 7) ne voulaient pas passer pour prudes. || Une prude mijaurée (cit.).N. f. || Faire la prude. Sainte-nitouche (cf. Faire sa Sophie, sa sucrée…). || Les vieilles prudes effarouchées (→ aussi Lettre, cit. 2). || Prude qui prend ses grands airs de dignité blessée.
3 Lire une lettre d'amour bien écrite est le souverain plaisir pour une prude; c'est un moment de relâche. Elle ne joue pas la comédie, elle ose écouter son cœur (…)
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, XXIV.
4 — Parlez, monsieur, j'ai dans quelques jours quarant-huit ans, je ne suis pas sottement prude, je puis tout écouter (…)
Balzac, la Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 142.
Par ext. || Elle n'a pas l'oreille prude. Chaste (→ Falloir, cit. 5).
CONTR. Dévergondé, léger. — Grivois, obscène.
DÉR. Pruderie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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